HISTOIRES DE BORDS - La mer si loin, si proche...

Qu’est-ce qu’on vit au bord ?

Je suis de ces Bretons et bretonnes élevés en commune littorale dans les années 80, dans une famille plutôt tournée vers la terre. Pas vraiment de transmission maritime à la maison. Mais on a des épuisettes et on trifouille dans les flaques au creux des rochers à Pors Hir. 

A l’école, pas d' “éducation artistique et culturelle” véritablement nommée mais un contact évident avec le “maritime” du fait géographique. L'estran est à deux pas : il est le cadre de la traditionnelle promenade scolaire et nous en rapportons de quoi constituer un aquarium marin. On observe, on dessine et on tire des conclusions : “il leur faut de l'oxygène” et... “les crabes, ça mange tous les autres !” Nous partons à la pêche à pied, nous étudions le phénomène de marée sur la plage la plus proche et nous rendons visite un charpentier de marine pour un reportage photo. Faire culture avec le patrimoine et l'environnement de proximité. En fait, on avait pas vraiment le choix mais c'était riche d'enseignements. 

L'idée n'est pas de dire que c'était “mieux avant” - pas du tout - mais simplement qu'aujourd'hui on ne regarde pas toujours le patrimoine de proximité. Il est là mais on ne le connaît pas. Il y a sans doute quelque chose à vivre du maritime au-delà de la simple baignade estivale et il y a sans doute beaucoup à comprendre de notre environnement pour mieux le respecter et en accompagner l'évolution. 

Aujourd'hui, je fais partie de la génération des actifs, celle qu'on nomme la “génération de transmission” mais je vais rarement à la mer, même si j'en habite à deux pas : pas de pêche à pied, pas de pêche tout court. Je ne sais plus naviguer. Autour de moi les habitants, les touristes se promènent sur leur littoral... et c’est tellement beau ! Mais combien d'entre nous savent encore déchiffrer les différentes facettes du paysage, deviner l'activité économique qui se développe sous nos yeux, comprendre l’écosystème littoral ou percevoir les impacts environnementaux d'un pont qui a modifié le fleuve pour faciliter le passage des voitures ?

(Ré)apprendre à lire le littoral, écouter les gens de mer...

J’écris les histoires des autres et je les transmets. Avec mon regard subjectif, façonné par ma propre histoire. Je collecte ces histoires avec surprise, avec émotion, avec poésie et je fais des sauvegardes mémorielles pour survivre au temps qui passe, pour être actrice de ce qui se joue au présent et pour ne pas être seule. Partager des mots, des voix, des récits qui nous interpellent et que nous emportons comme bagage pour nous étonner, nous émouvoir, comprendre et avancer. 

C'est en allant chercher dans les récits des marins, des femmes de marins, de celles et ceux qui étaient des “paysans du littoral” mais dont une partie de l'économie dépendait de ce rapport au bord, de celles et ceux qui prélevaient les richesses maritimes sans nécessairement les épuiser, qui ont étroitement vécu (ou qui vivent encore) en lien avec la mer, c’est dans ces histoires intimes que nous pouvons retisser un lien avec la mer, par la connaissance et la compréhension. 

C’est là que mon écriture rencontre le projet d’éducation à la mer.

J’aborde toutes les recherche en novice (que je suis) et je pars explorer ce domaine avec un appétit d’explorateur. C’est justement ma place de maître ignorant* qui me permet de cheminer avec les habitants, petits et grands, qui participent aux différents projets. Nous allons à la rencontre de ceux qui savent pour (ré)apprendre à lire le littoral et construire ensemble les outils de transmission. 

C’est l’entreprise de cette aventure des HISTOIRES DE BORD dans ses différentes formes...

Anne HUONNIC


*Le Maître ignorant , Jacques Rancière