UNE FEMME INCOMPARABLE - solo

Le dossier du spectacleUne femme incomparable - solo (2)_compressed.pdf

A l’origine de ce projet d’écriture, il y a une commande en 2022 pour la commémoration d’Ernest Renan, enfant prodige de Tréguier.

Et un désir : moi, fille du pays, je vais transmettre cette histoire.

Déjà une ombre se profile, celle d’Henriette Renan, une grande sœur dévouée à son petit frère devenu célèbre. Intuitivement, je me sens liée à Henriette parce que nous sommes toutes deux nées ici, parce que, comme moi, elle a étudié à Paris, parce qu’elle a rejeté la religion, parce qu’elle je pensais qu’elle ne voulait faire aucune concession à son indépendance. 


Sur les traces d’Henriette : ce qui nous lie, ce qui nous libère.


Ici et aujourd’hui Henriette n’est admirée que pour son dévouement de soeur. Totalement ignorée par ailleurs.

Moi, je me dis que cette femme doit avoir une vie à elle, des désirs, des amis, des convictions, des colères. Elle s’est s’épanouie dans l’étude et le voyage. Mais elle a sacrifié sa vie pour ceux qu’elle aimait. Elle a décidé de devenir cheffe de famille à 17 ans, de les protéger et de se lier à eux jusqu’à sa mort. Elle n’a jamais voulu se mettre dans la lumière, publier à son nom; elle écrivait aux jeunes filles de se cultiver pour être de bonnes épouses dans des revues d’éducation mais elle-même a toujours farouchement refusé de se marier.

Alors Henriette, féministe sans le savoir ou femme soumise de son temps ?

Je commence une quête deux siècles plus tard, sans a priori, sans revendication matrimoniale, je dialogue avec Henriette je mesure ce qui nous rattache, ce qui nous sépare et ce qui fait d’elle, secrète, libre et attachée, une femme incomparable.

Collectage et co-écriture

Le spectacle s‘écrit avec ma comparse, Hélène Sarrazin. Nous épluchons les écrits du 19ème, nous parlons de nos mères, de leurs propres combats, de leurs soumissions. Nous nous parlons de nos vies intimes.

Moi, je m’identifie et je suis identifiée comme une féministe ...une “passionaria” qui porte son émancipation la tête haute. Enfant modèle et intello dans les années 80, adolescente luttant pour sa liberté sexuelle à l’égal de celle des hommes dans les années 90, mère célibataire dans les années 2000, professionnelle passionnée des années 2010. Je me bats.

Mais je suis “attachée”, à ma famille, à la communauté de ma ville provinciale : être une bonne mère, être une bonne fille, être « bonne » et prendre les remarques sexistes avec - philosophie... et trouver l’Homme de ma vie pour avoir enfin réussi à ne pas finir seule...


2022 : d’une génération à l’autre.



Mes filles ont 20 ans: refus d’être mères dans ce monde pourri, tenues sexy-glam, la provocation en bandoulière mais ne tolérant aucun écart de conduite de la part des hommes. Notre dialogue et notre écriture ne peuvent pas s'extraire de ce contexte de nouveaux combats. Des combats que je ne parviens pas à déchiffrer, ni à accepter : la polémique #MeToo me fait peur, la démarche “non genrée” me semble ridicule. 

Je ne comprends pas. 

Elles remettent tout en cause comme si elles refusaient d’être nos héritières, comme si on n’avait rien fait avant pour se libérer. Ca me vexe. Je me drape dans ma féminité.

- Elle ne veulent plus plaire ? Alors c’est la fin de la séduction ? Un monde sans homme, c’est ça qu’elles veulent’?

- C’est fou ce que tu peux avoir comme préjugés !

- Tu crois ?


Passer notre héritage matrimonial dans le shaker de nos besoins de femmes contemporaines...


On décide d’en faire la matière de l'écriture: mon histoire et ces transmissions qui nous libèrent et nous lient. Une quête qui nous mène du travail matrimonial à la relecture de nos propres héritages de femme.Une quête qui fait vaciller mes certitudes.


Anne Huonnic